Beaucoup de mes frères et sœurs francophones se lancent dans l'aventure de la langue arabe avec une intention magnifique : se rapprocher d'Allah et comprendre Sa parole. C'est peut-être votre cas. Vous avez peut-être de la famille au Maroc, ou des amis qui parlent entre eux, et vous vous dites : « Si j'apprends à parler comme eux, je comprendrai le Coran ».
C'est ici qu'il faut faire une pause importante. Il existe une confusion fréquente entre l'arabe dialectal (comme la Darija marocaine) et l'arabe littéraire (l'arabe du Coran, ou Fus'ha). Comprendre cette distinction dès le départ vous fera gagner des années d'efforts.
Qu'est-ce que la Darija Marocaine ?
La Darija n'est pas simplement de l'arabe « mal prononcé ». C'est une langue vivante, riche et complexe, fruit de l'histoire du Maghreb. C'est un mélange fascinant de substrat berbère (amazigh), d'arabe, mais aussi d'emprunts au français et à l'espagnol. Elle est conçue pour la communication quotidienne, le commerce et la vie sociale.
Cependant, sur le plan grammatical, elle diffère grandement de la langue de la Révélation. La structure des phrases a évolué pour être plus rapide et directe. Si votre objectif est purement touristique ou familial, c'est un excellent choix. Mais si votre cœur cherche le Coran, il faut regarder ailleurs.
L'Arabe Littéraire : La clé du texte sacré
L'arabe littéraire (al-Fusha) est la langue qui unifie tous les musulmans. C'est une langue qui a une stabilité miraculeuse depuis plus de 1400 ans. Contrairement aux dialectes qui changent d'une ville à l'autre, l'arabe littéraire possède des règles fixes. C'est précisément cette structure qui permet de préserver le sens du Coran.
Il est essentiel de choisir les bonnes méthodes d'apprentissage de l'arabe et du Coran adaptées à votre objectif final. Si vous apprenez la Darija, vous pourrez demander votre chemin à Casablanca, mais vous resterez bloqué devant la sourate Al-Fatiha.
Les principales différences techniques
1. La Grammaire et la Conjugaison
En arabe littéraire, la grammaire est très précise. Le système des déclinaisons (I'rab), c'est-à-dire le changement de la voyelle finale selon la fonction du mot dans la phrase, est inexistant en Darija. Or, dans le Coran, ce sont ces petites voyelles finales qui déterminent souvent qui fait l'action et qui la subit. Ignorer cela change tout le sens du verset.
C'est pourquoi il est souvent recommandé de clarifier la distinction entre l'arabe littéraire et le dialectal avant de s'inscrire à un cours.
2. Le Vocabulaire
Le vocabulaire de la Darija est très imagé et emprunte beaucoup. Par exemple, pour dire « Je veux », un Marocain dira « Bghit » (qui vient d'un verbe signifiant désirer), alors qu'en littéraire on utilisera « Uridu ». De nombreux mots courants en dialecte n'existent pas dans le Coran, et inversement.
3. La Prononciation
La Darija a tendance à « manger » les voyelles courtes. On passe d'une consonne à l'autre très rapidement (ce qu'on appelle le Sukun). L'arabe coranique, lui, est vocalique : chaque lettre a son droit, son temps et sa mélodie. C'est pour cela qu'il existe des sons arabes spécifiques qu'il faut travailler avec précision pour ne pas déformer la Parole d'Allah.
Lequel choisir pour votre spiritualité ?
Si votre intention est spirituelle, ne vous dispersez pas. L'arabe littéraire est la porte d'entrée vers les sciences islamiques. C'est lui qui vous permettra de goûter à la douceur de la prière et de comprendre les discours du vendredi.
Ne soyez pas intimidé. Bien que l'arabe littéraire semble plus formel, il est très logique. Une fois que vous comprenez le système des racines, tout s'éclaire. Vous pouvez tout à fait mettre en place un plan pour comprendre le Coran en quelques mois si vous vous concentrez sur la bonne variante de la langue.
En résumé : apprenez la Darija pour parler aux hommes, mais apprenez l'arabe littéraire pour parler à Allah et Le comprendre.