Nous sommes nombreux à avoir ressenti ce pincement au cœur : ouvrir le Mushaf (l'exemplaire du Coran), regarder ces lettres calligraphiées avec admiration, mais être incapable de les déchiffrer. Cette frustration, je l'ai vécue pendant des années. J'avais l'impression d'être un analphabète spirituel, dépendant toujours de la phonétique ou des traductions approximatives pour me connecter à la Parole d'Allah.
Il y a six mois, j'ai décidé que cela suffisait. J'ai pris l'engagement solennel (niyyah) d'apprendre à lire le Coran en arabe. Pas seulement pour déchiffrer, mais pour lire avec fluidité et respect des règles de Tajwid. Aujourd'hui, alhamdulillah, je peux ouvrir n'importe quelle page et la lire. Ce n'était pas un miracle, c'était un parcours. Voici comment j'ai procédé, étape par étape, pour que tu puisses, toi aussi, briser ce mur de verre.
Mois 1 : Le diagnostic et le choix de la route à suivre
Le premier obstacle n'était pas la langue elle-même, mais la surcharge d'informations. Internet regorge de cours, de PDF et de vidéos. J'ai perdu mes deux premières semaines à papillonner d'une chaîne YouTube à l'autre sans réelle structure. J'ai compris qu'il me fallait un cadre. J'ai donc pris le temps d'analyser les différentes méthodes d'apprentissage de l'arabe et du Coran disponibles sur le marché. Méthode de Médine, méthode égyptienne, méthode traditionnelle...
Mon choix s'est finalement porté sur une approche spécifique, réputée pour sa rigueur phonétique. J'ai cherché à comprendre ce qu'était concrètement la méthode Nourania. Contrairement à ce que je pensais, elle n'est pas réservée aux enfants. C'est une science de la prononciation (Makharij) qui construit une base indestructible. J'ai réalisé que si je voulais lire le Coran, je ne devais pas apprendre l'arabe "de conversation" dans un premier temps, mais l'arabe "de lecture".
Mois 2 et 3 : La construction des fondations (Sabr et Répétition)
Une fois la méthode choisie, le vrai travail a commencé. J'ai entamé le cursus. Ce qui m'a surpris, c'est la progressivité. J'ai suivi scrupuleusement les 17 leçons du programme complet, sans en sauter une seule. Au début, répéter des sons isolés comme "Ba", "Ta", "Tha" semblait enfantin. Mais c'est là que réside le secret.
J'ai appris à discipliner ma langue et ma mâchoire. C'est l'application des principes pédagogiques propres à cette méthode qui a fait la différence : l'écoute active, la répétition rythmique et la décomposition syllabique. Je ne cherchais pas à aller vite, je cherchais à être précis. C'est souvent l'erreur que nous faisons : vouloir lire la sourate Al-Baqarah alors que nous ne maîtrisons pas encore la prolongation (Madd) ou la liaison (Shaddah).
Mois 4 : Les premiers fruits et la motivation
Au quatrième mois, quelque chose s'est débloqué. Je ne déchiffrais plus lettre par lettre, je commençais à lire des mots entiers. C'est à ce moment-là que j'ai réalisé les nombreux avantages de la méthode Nourania sur ma fluidité. Là où mes amis qui avaient appris via des méthodes classiques bégayaient sur les règles de Tajwid, je les appliquais naturellement car elles étaient intégrées dans l'apprentissage de la lecture elle-même.
J'ai parfois eu des doutes, me demandant si je n'aurais pas dû choisir une voie plus grammaticale dès le départ. Mais en faisant une comparaison objective avec d'autres méthodes, j'ai vu que pour l'objectif spécifique de la lecture coranique (Tilawa), j'étais sur la voie royale. La grammaire viendra ensuite, pour la compréhension, mais la lecture doit être fluide pour que le cœur s'apaise.
Mois 5 et 6 : Consolidation et autonomie
Les derniers mois ont été consacrés à la pratique intensive sur le Mushaf. Je n'étais plus seul ; j'avais rassemblé autour de moi les meilleures ressources, livres et applications pour m'accompagner dans mes trajets quotidiens. Chaque moment de libre devenait une occasion de réviser une règle ou de lire une page.
Bien sûr, des interrogations techniques surgissaient. Je me référais souvent aux réponses aux questions fréquentes sur la méthode pour corriger mes petites erreurs sans avoir besoin d'attendre mon cours hebdomadaire. C'est cela l'autonomie : savoir où chercher la correction.
Conclusion : Un voyage qui ne fait que commencer
Aujourd'hui, six mois plus tard, je lis le Coran. Je ne suis pas un Qari professionnel, mais je lis avec la certitude de prononcer les mots comme Allah les a révélés. Cette assurance apporte une humilité et une joie indescriptibles dans la prière.
Ce parcours m'a tellement transformé que je songe maintenant à aller plus loin et peut-être, un jour, me former pour devenir enseignant certifié afin de transmettre cette lumière à d'autres francophones bloqués comme je l'étais. Si tu hésites encore, sache que ces six mois passeront de toute façon. La question est : dans six mois, sauras-tu lire le Livre de ton Seigneur ?