Polygamie dans le Coran (4:3) : Contexte et Conditions

"Le verset 4:3 sur la polygynie n'est pas un privilège inconditionnel. Analyse du lien avec les orphelins et de l'exigence stricte de justice divine."

C'est probablement l'un des sujets les plus sensibles et les plus débattus lorsqu'on évoque les versets coraniques à portée sociale. La question de la polygamie (ou plus précisément la polygynie) dans le Coran suscite souvent confusion, gêne, voire rejet chez beaucoup de nos contemporains. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi ce verset a été révélé et, surtout, quelles sont les conditions réelles fixées par le texte sacré ?

Pour apaiser le cœur et l'esprit, il est essentiel de revenir à la source, loin des polémiques, et de lire ce que Dieu dit réellement. Nous allons voir ensemble que ce verset, loin d'être un blanc-seing pour le plaisir masculin, est en réalité une restriction légale visant à résoudre une crise sociale, ancrée dans une exigence de justice redoutable.

Le contexte indissociable : la protection des orphelins

L'erreur la plus commune consiste à lire le début du verset 3 de la Sourate An-Nisa de manière isolée. Or, la structure grammaticale de la phrase arabe est conditionnelle. Le verset ne commence pas par une injonction à épouser plusieurs femmes, mais par une mise en garde concernant une tout autre catégorie de personnes vulnérables : les orphelins.

Le texte dit : « Wa in khiftum alla tuqsitu fi-l-yatama... » (Et si vous craignez de ne pas être équitables envers les orphelins...).

C'est ici que tout se joue. Le contexte de révélation est celui d'après la bataille d'Uhud, où de nombreux hommes musulmans sont morts, laissant derrière eux des veuves et des orphelins sans protection. À l'époque, les tuteurs d'orphelins pouvaient être tentés d'épouser leurs pupilles pour s'accaparer leurs biens sans leur verser de dot correcte. Le Coran intervient ici pour dire : si vous avez peur d'être injustes envers ces orphelins sous votre tutelle, alors cherchez une solution alternative pour protéger la société.

Cette notion d'équité (Qist) est centrale. Elle résonne d'ailleurs profondément avec l'étude des dépôts de confiance et de la justice qui est développée plus loin dans la même sourate. Le mariage pluriel est donc présenté ici comme une solution sociale pour intégrer et protéger les veuves et les orphelins, et non comme une satisfaction d'un désir personnel.

La clause restrictive : la justice impossible ?

Le verset poursuit : « ...épousez alors ce qui vous plaît parmi les femmes, deux, trois ou quatre. »

Il faut comprendre qu'avant l'Islam, le nombre d'épouses était illimité. Ce verset agit donc comme une limitation drastique, fixant un plafond maximal de quatre. Mais la phrase ne s'arrête pas là. Elle pose immédiatement une condition sine qua non qui change tout :

« Fa in khiftum alla ta'dilu fa-wahida » (Mais si vous craignez de ne pas être justes, alors une seule).

Ici, le terme utilisé pour la justice est 'Adl. Contrairement au Qist (l'équité dans le partage matériel), le 'Adl implique une égalité parfaite dans le traitement, le temps et l'attention. C'est une condition extrêmement lourde. Dieu lie la permission de la polygamie à une capacité de justice que la plupart des hommes peinent à atteindre. C'est une invitation à la prudence et à la responsabilité.

Pour saisir toute la portée de ces nuances linguistiques, il est souvent nécessaire de passer par une étude et analyse des versets clés du Coran, car la traduction seule ne rend pas toujours compte de la force de la particule conditionnelle « In » (Si) qui structure tout le verdict divin.

Une cohérence dans la protection des droits

En analysant ce verset avec les outils de la langue arabe, on comprend que l'objectif divin est la préservation de la cohésion sociale et la protection des droits des femmes et des enfants. Ce n'est pas une règle isolée ; elle s'inscrit dans une pédagogie coranique qui vise à élever le comportement du croyant.

Tout comme nous l'avons vu pour l'explication détaillée et contextualisée du verset 4:34, il est crucial de ne jamais détacher un verset de son intention morale et de son contexte linguistique. La polygamie dans le Coran est donc une permission conditionnée par une situation de nécessité sociale (les orphelins) et restreinte par une exigence morale quasi-inatteignable (la justice parfaite).

Finalement, ce verset nous enseigne que la loi divine n'est pas là pour servir les passions humaines, mais pour établir l'ordre, la justice et la miséricorde au sein de la communauté.

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