Vous est-il déjà arrivé de lire la Fatiha ou une sourate courte et de buter sur l'article « Al » (ال) ? Parfois, on l'entend clairement comme dans « Al-Qamar » (La Lune), et parfois, le son « L » semble disparaître mystérieusement pour fusionner avec la lettre suivante, comme dans « Ar-Rahman ». Cette hésitation est tout à fait normale lorsque l'on débute.
Cette gymnastique de la langue n'est pas un piège, mais une recherche d'harmonie sonore propre à la langue du Coran. Pour ne plus jamais confondre, il existe une règle magnifique, à la fois poétique et logique, basée sur l'observation du ciel : la distinction entre les lettres lunaires et solaires.
Le secret réside dans l'article défini « Al »
En arabe, pour dire « le » ou « la », on utilise le préfixe « Alif-Lam » (ال). La règle qui nous intéresse aujourd'hui concerne exclusivement la réaction du Lam (ل) face à la lettre qui le suit immédiatement.
Imaginez que le Lam est une étoile. Selon la lettre qu'il rencontre, cette étoile va soit briller, soit s'effacer. Pour bien saisir ce mécanisme, il faut déjà être familier avec l'ensemble de l'alphabet arabe et ses 28 lettres, car chacune d'elles appartient soit au groupe du Soleil, soit à celui de la Lune.
L'analogie céleste : Le Soleil et la Lune
Les savants de la langue arabe ont utilisé une métaphore astronomique très parlante pour expliquer ce phénomène phonétique.
Le groupe Solaire (Ash-Shamsiyya)
Pensez au Soleil (Ash-Shams en arabe). Lorsque le soleil se lève, sa lumière est si intense qu'elle fait disparaître la brillance des étoiles. Impossible de voir une étoile en plein jour.
Dans notre règle :
- Le Lam de l'article est l'étoile.
- La lettre qui suit est le Soleil.
Si la lettre suivant l'article est une « lettre solaire », elle est si forte qu'elle « mange » le son du Lam. Le Lam s'écrit, mais ne se prononce pas. Il s'assimile totalement à la lettre suivante.
Exemple : Le mot Shams (Soleil). Avec l'article, on ne dit pas Al-Shams, mais Ash-Shams. Le « L » a disparu au profit d'un appui insistant sur le « Sh ».
Le groupe Lunaire (Al-Qamariyya)
Pensez maintenant à la Lune (Al-Qamar). Lorsque la lune est dans le ciel nocturne, elle n'efface pas les étoiles. Au contraire, les étoiles restent visibles et claires à ses côtés.
Dans ce cas :
- Si la lettre qui suit est une « lettre lunaire », elle cohabite pacifiquement avec le Lam.
- Le Lam se prononce clairement et distinctement.
Exemple : Le mot Qamar (Lune). Avec l'article, on dit Al-Qamar. On entend parfaitement le « L ».
Comment les reconnaître visuellement dans le Coran ?
Rassurez-vous, vous n'avez pas besoin d'apprendre les deux listes par cœur dès aujourd'hui pour lire correctement. Le Coran, dans sa version vocalisée (avec les voyelles), vous donne un indice visuel infaillible qui est lié à la maîtrise des harakat, ces voyelles courtes et signes qui guident la lecture.
Pour les Lettres Solaires (Lam muet)
Regardez la lettre qui suit le Alif-Lam. Si elle porte une Shaddah (ce petit signe en forme de « w » qui indique un doublement de la consonne), c'est une lettre solaire !
La Shaddah indique que le Lam a fusionné avec cette lettre. Vous devez donc sauter directement du Alif à cette lettre en appuyant dessus.
Exemple : Ar-Rahman, As-Samad, An-Nas.
Pour les Lettres Lunaires (Lam prononcé)
Si la lettre après l'article ne porte pas de Shaddah, et que le Lam lui-même porte un petit Sukun (un petit cercle ou une forme de lune indiquant l'absence de voyelle), alors le Lam doit être claqué fermement avec la langue.
Exemple : Al-Hamd, Al-Falaq, Al-Kitab.
La liste pour référence
Même si l'indice visuel suffit, voici la répartition pour votre culture :
Les 14 Lettres Lunaires (Prononcez le L) :
Alif (أ), Ba (ب), Jim (ج), Ha (ح), Kha (خ), 'Ayn (ع), Ghayn (غ), Fa (ف), Qaf (ق), Kaf (ك), Mim (م), Ha (هـ), Waw (و), Ya (ي).
Les 14 Lettres Solaires (Ne prononcez pas le L, doublez la lettre) :
Ta (ت), Tha (ث), Dal (د), Dhal (ذ), Ra (ر), Zay (ز), Sin (س), Shin (ش), Sad (ص), Dad (ض), Ta (ط), Za (ظ), Lam (ل), Nun (ن).
Cette règle est essentielle pour la fluidité de votre récitation (Tajweed). Elle permet à la lecture de couler comme de l'eau, sans heurts, reliant les mots entre eux avec l'élégance propre à la langue arabe.