Le Verset du Hijab (24:31) : Obligation ou Recommandation ?

"Le verset 24:31 utilise des termes précis comme khimar et juyub. L'analyse grammaticale de l'impératif éclaire le statut spirituel de cette prescription."

S'il est un sujet qui suscite débats, passions et parfois confusions au sein de la communauté et même à l'extérieur, c'est bien la question du voile. Pour beaucoup d'entre nous, musulmans francophones, la barrière de la langue arabe crée une frustration légitime. On entend tout et son contraire : est-ce une coutume ? Une recommandation ? Une obligation divine ?

Pour apaiser le cœur et l'esprit, nous devons, comme toujours, revenir à la source : le texte coranique lui-même. Non pas pour polémiquer, mais pour écouter ce que Dieu dit réellement, à travers les mots qu'Il a choisis. Nous allons appliquer ici notre méthodologie habituelle d'étude et analyse des versets clés du Coran, en plongeant dans la racine des mots pour en extraire le sens originel.

Le contexte de la Sourate An-Nur

Le verset qui nous intéresse (24:31) se situe dans la Sourate An-Nur (La Lumière). Ce n'est pas anodin. Cette sourate traite de la purification sociale, de la protection de l'honneur et de la spiritualité domestique. C'est d'ailleurs dans cette même sourate, quelques versets plus loin, que l'on trouve le magnifique verset de la lumière ou Ayat An-Nur, qui décrit Dieu comme la lumière des cieux et de la terre.

Comprendre ce contexte de « lumière » est essentiel : les prescriptions de cette sourate ne sont pas des contraintes aveugles, mais des moyens d'illuminer notre comportement et nos relations sociales.

Analyse des mots clés : Khimar et Jayb

Le verset dit : « Walyadribna bikhumurihinna 'ala juyubihinna » (Et qu'elles rabattent leurs voiles sur leurs poitrines).

Regardons de plus près deux termes techniques souvent mal traduits ou mal compris.

1. Khumur (pluriel de Khimar)

La racine du mot est Kh-M-R. En arabe, cette racine porte l'idée de « couvrir », « voiler » ou « cacher ». C'est la même racine qui donne le mot Khamr (le vin/l'alcool), car il « voile » la raison. Le Khimar, dans l'usage linguistique arabe de l'époque, désignait spécifiquement un tissu qui couvrait la tête. Ce n'était pas un mot vague signifiant « vêtement » ou « chose », mais bien un couvre-chef.

2. Juyub (pluriel de Jayb)

Le mot Jayb désigne une ouverture, une fente. Dans le contexte vestimentaire de l'époque, cela faisait référence à l'échancrure de la tunique au niveau de la poitrine (le décolleté). Avant la révélation, les femmes portaient le foulard sur la tête mais le rejetaient dans le dos, laissant le cou et le haut de la poitrine découverts.

L'impératif divin : Walyadribna

C'est ici que la grammaire devient cruciale pour répondre à la question : « Obligation ou recommandation ? ».

Le verbe utilisé est Daraba (frapper, mettre avec force/décision), conjugué ici à l'impératif avec la particule Li (Lam de l'impératif). La construction Walyadribna signifie : « Et qu'elles doivent rabattre ».

Le geste demandé est précis : prendre le Khimar (qui est déjà sur la tête) et le rabattre fermement sur les Juyub (la poitrine) pour couvrir cette zone. Si le Coran voulait simplement recommander la pudeur de manière abstraite, il n'aurait pas utilisé une instruction gestuelle aussi technique corrigeant une pratique vestimentaire spécifique.

Cette précision nous rappelle que la spiritualité en Islam s'incarne aussi dans le monde physique. De la même manière que nous avons vu dans l'analyse du verset des dix vertus des croyants et croyantes, la chasteté et la maîtrise de soi sont des qualités indissociables de la foi intérieure.

La notion de Zina (Parure)

Le verset commence par : « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours (Zina) que ce qui en paraît ».

Le mot Zina signifie beauté, parure, ornement. L'équilibre demandé par le Coran n'est pas l'effacement de la femme, mais la gestion de sa Zina dans l'espace public. Il y a une distinction entre la sphère privée (où la beauté peut s'exprimer librement) et la sphère publique (où la sobriété prévaut pour préserver les cœurs).

Cette gestion des apparences et des interactions est parfois difficile à accepter pour notre ego moderne, tout comme peut l'être l'explication détaillée et contextualisée du verset 4:34, qui demande lui aussi un effort de compréhension linguistique profond pour ne pas tomber dans des interprétations erronées.

Conclusion : Un acte de foi

Alors, obligation ou recommandation ? L'analyse grammaticale du verbe à l'impératif indique clairement une obligation religieuse (Wajib). Cependant, comme pour toute pratique en Islam, l'adhésion du cœur est primordiale. Le voile n'est pas une fin en soi, mais un acte d'adoration et d'obéissance à Celui qui sait ce qui est bon pour Ses créatures.

C'est une démarche qui demande du courage et une confiance profonde en Dieu, une attitude similaire à celle décrite dans les versets 285-286 d'Al-Baqara : « Nous avons entendu et nous avons obéi ». Comprendre la langue arabe du Coran nous permet de transformer une contrainte apparente en une connexion spirituelle consciente.

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