C'est une pensée qui t'a peut-être déjà traversé l'esprit, même furtivement. Tu lis une sourate, tu tombes sur des récits de caravanes, de tentes, de batailles dans le désert ou de règles sociales qui semblent appartenir à une autre époque. Et là, une petite voix te murmure : « Est-ce que ce livre me parle vraiment à moi, ici et maintenant, avec mon smartphone, mon travail de bureau et ma vie moderne ? ».
Cette frustration est légitime. Il est parfois difficile de faire le lien entre le mode de vie d'un Bédouin de la péninsule arabique du 7ème siècle et nos défis quotidiens. Pourtant, si l'on s'arrête à cette lecture superficielle, on passe à côté de l'essence même du message. Alors, le Coran est-il un livre d'histoire poussiéreux ou un guide vivant ? Regardons cela ensemble, sans tabou.
Le décor change, l'acteur reste le même
Imagine une pièce de théâtre. Le décor peut être un château médiéval, une station spatiale ou une tente dans le désert. Les costumes changent. Mais l'histoire ? L'histoire parle d'amour, de trahison, de quête de sens, de peur de la mort et d'espoir. Le Coran fonctionne exactement ainsi.
Allah a révélé Sa parole dans un contexte historique précis : celui de l'Arabie du 7ème siècle. Il fallait bien que le message s'incarne quelque part, qu'il parle la langue de ses premiers auditeurs pour être transmis. C'est pour cela qu'il utilise des exemples qu'ils comprenaient (le chameau, le palmier, le commerce caravanier). Mais ce ne sont que des supports pédagogiques.
La cible du message, ce n'est pas le Bédouin en tant que tel, c'est l'âme humaine (an-nafs). Et scientifiquement, psychologiquement, l'être humain n'a pas changé d'un iota depuis des millénaires. Tes angoisses, ton ego, ton besoin de reconnaissance, ta jalousie ou ta soif de justice sont exactement les mêmes que ceux d'un homme du désert il y a 1400 ans. C'est en cela que réside la nature véritable et intemporelle du texte, qui traverse les époques pour viser le cœur, quel que soit l'environnement technologique.
Pourquoi un langage si ancien pour un monde moderne ?
On pourrait se dire : « Si c'est pour nous, pourquoi ne pas avoir un langage plus universel ou plus simple ? ». C'est ici qu'il faut comprendre le génie linguistique de la Révélation. L'arabe coranique n'est pas un simple dialecte tribal ; c'est une architecture linguistique d'une précision mathématique.
Si le Coran avait utilisé un langage « moderne » qui change tous les 50 ans (comme notre argot ou nos termes techniques), le message serait devenu obsolète en un siècle. En choisissant l'arabe classique, une langue à racines (où chaque mot dérive d'une racine de trois lettres portant un concept fort), Allah a gravé le sens dans le marbre. Ce n'est donc pas un hasard si la langue arabe a été choisie pour cette révélation, car elle permet une élasticité du sens qui s'adapte à chaque époque tout en restant ancrée dans des valeurs fixes.
- Exemple concret : Le mot Zakah (aumône). Pour un Bédouin, c'était donner une partie de son troupeau. Pour toi aujourd'hui, c'est un virement bancaire. La forme change, mais le principe de purification de la richesse et de solidarité sociale reste une loi universelle absolue.
Distinguer le contexte du principe
La plus grande difficulté pour le lecteur moderne francophone, c'est de faire le tri entre ce qui est contextuel (lié à l'époque de la révélation) et ce qui est principiel (la règle éternelle). C'est souvent ce manque de distinction qui crée un malaise et alimente les grandes interrogations courantes autour du Livre.
Prends les versets sur les batailles. Si tu les lis comme un manuel de guerre pour aujourd'hui, tu fais fausse route. Mais si tu les lis comme un enseignement sur le courage, la légitime défense, le respect des traités et la maîtrise de soi face à l'ennemi, alors le message devient ultra-moderne. Il t'apprend à gérer tes conflits au bureau ou dans ta famille avec éthique.
Il est tout à fait normal, au début, de buter sur la logique interne de certains passages qui semblent déconnectés de notre réalité. L'erreur serait de rejeter le texte ; la solution est de chercher le principe universel caché derrière l'image historique.
Le Coran est un miroir, pas un livre d'histoire
Finalement, dire « Le Coran c'est pour les Bédouins », c'est comme dire « La gravité c'est pour les pommes de Newton ». La loi physique s'applique aux fusées comme aux pommes. Les lois spirituelles et sociales du Coran (justice, héritage, famille, spiritualité) sont des constantes universelles.
Le Coran nous met au défi. Il ne s'adapte pas à nos caprices modernes ; il nous demande d'élever notre niveau de conscience pour comprendre que derrière l'histoire d'un prophète dans le désert, c'est la solution à ta dépression, à ton arrogance ou à ta solitude qui est décrite.
Ce n'est pas le Coran qui est vieux, c'est notre regard qui a besoin d'être rafraîchi. Le texte, lui, reste vibrant pour celui qui cherche à écouter au-delà des mots.