T'est-il déjà arrivé d'écouter un récitateur du Coran et de te demander pourquoi tu n'entendais pas certaines lettres qui sont pourtant écrites sur la page ? Tu suis le texte du doigt, tu vois un « Nun » ou un « Lam », mais à l'oreille, le son a disparu ou s'est transformé.
C'est frustrant, n'est-ce pas ? On a souvent l'impression de mal entendre ou de ne pas être à la hauteur.
Rassure-toi : ce n'est pas une erreur de ta part. C'est en réalité un phénomène linguistique fascinant appelé l'assimilation (ou Idgham en arabe). C'est ce mécanisme qui transforme une lecture robotique et hachée en une récitation fluide et naturelle. Aujourd'hui, nous allons démystifier ce concept ensemble, simplement, pour que tes yeux et tes oreilles se réconcilient enfin.
Pourquoi l'arabe fusionne-t-il les lettres ?
Imagine que tu marches sur un chemin de pierres. Si tu dois t'arrêter et poser tes deux pieds sur chaque pierre avant de passer à la suivante, ta marche sera lente et saccadée. Mais si tu enjambes avec souplesse, certains pas vont s'enchaîner si vite qu'ils sembleront ne faire qu'un.
L'assimilation, c'est exactement cela pour ta langue.
Lorsque nous débutons, nous mettons beaucoup d'énergie à articuler chaque lettre séparément. C'est d'autant plus difficile que nous devons déjà maîtriser les sons arabes qui n'existent pas en français, ce qui demande une gymnastique buccale intense. Mais la langue arabe, dans sa grande sagesse, cherche l'économie d'effort. Lorsque deux lettres sortent du même endroit de la bouche (ou d'endroits très proches), il est fatigant pour la langue de prononcer la première, de s'arrêter, puis de prononcer la seconde.
Alors, que fait-elle ? Elle prend un raccourci : elle fait entrer la première lettre dans la seconde. La première disparaît physiquement, mais sa présence renforce la deuxième.
L'Idgham : une question de fluidité
En Tajweed (la science de la lecture du Coran), on appelle cela l'Idgham, ce qui signifie littéralement « insérer quelque chose dans quelque chose d'autre ». C'est comme verser un verre d'eau dans la mer : l'eau du verre ne disparaît pas vraiment, elle devient partie intégrante de la mer.
Il existe plusieurs niveaux d'assimilation, mais pour simplifier ta compréhension, concentrons-nous sur les deux situations que tu rencontreras le plus souvent.
1. L'exemple du soleil et de la lune
Tu connais sans doute déjà l'assimilation sans le savoir. C'est le cas le plus célèbre. Lorsque tu dis « Al-Shams » (le soleil), tu ne prononces pas le « L » de « Al ». Tu dis « Ash-Shams ». Le « Lam » a été mangé par le « Shin ».
Pourquoi ? Parce que l'articulation du « L » est trop proche de celle du « Sh ». C'est fatigant de les séparer. À l'inverse, pour « Al-Qamar » (la lune), le « L » reste clair car le « Q » se prononce au fond de la gorge, loin du « L ». C'est là toute la logique derrière la règle simple pour ne plus confondre les lettres lunaires et solaires. Ce n'est pas une règle arbitraire pour embêter l'étudiant, c'est une règle de confort physique pour ta langue !
2. Le Nun qui se cache
L'autre grande star de l'assimilation est la lettre Nun (le son « N »). C'est une lettre très volatile. Lorsqu'un mot se termine par un son « N » (ce qu'on appelle le Nun Sakina ou le Tanwin) et que le mot suivant commence par certaines lettres (comme Ra, Lam, Mim, Vav, Ya, ou un autre Nun), le son « N » plonge littéralement dans la lettre suivante.
Par exemple, si tu dois lire « Man Yaqulu » (celui qui dit), tu entendras souvent « May-yaqulu ». Le « N » a fusionné avec le « Y ». Si tu regardes attentivement la lettre Nun, tu comprendras qu'étant une lettre nasale et frontale, elle est très susceptible d'être influencée par ses voisines.
Comment repérer l'assimilation à l'écrit ?
C'est là que la beauté de l'écriture coranique intervient pour t'aider. Les savants ont mis en place un code visuel très simple : la Shadda.
La Shadda est ce petit signe en forme de « w » (ّ) au-dessus d'une lettre. Elle indique un doublement, une insistance. Dans la grande majorité des cas d'assimilation complète :
- La première lettre (celle qui disparaît) n'aura aucune voyelle ni aucun signe sur elle (elle est nue).
- La deuxième lettre (celle qui absorbe la première) portera une Shadda.
Quand tu vois cela, c'est un feu vert pour ton cerveau : « Ne prononce pas la première lettre, saute directement sur la deuxième et appuie dessus ! ».
Un pas vers la compréhension spirituelle
Comprendre l'assimilation, c'est accepter que tout n'est pas rigide. La langue arabe est vivante, elle coule comme de l'eau. En apprenant à lier les lettres entre elles, tu ne fais pas qu'améliorer ta prononciation ; tu entres dans le rythme du Coran.
Ne te décourage pas si tu « butes » encore sur les transitions. C'est normal. Essaie simplement, lors de ta prochaine écoute, de repérer ces moments où deux sons n'en font plus qu'un. C'est le début de l'écoute active, et c'est la clé qui te mènera de la lecture laborieuse à la lecture avec le cœur.