Nous avons souvent tendance à penser que le train est passé. Que passé la trentaine, la quarantaine, ou pire, la soixantaine, notre cerveau se fige, devient rigide, et que l'apprentissage par cœur relève de l'impossible. Peut-être ressentez-vous cette frustration aujourd'hui : l'envie brûlante de porter le Livre d'Allah dans votre poitrine, mais le découragement face à une mémoire qui semble vous faire défaut.
C'est ici que l'histoire de "H", une sœur de notre communauté, devient bouleversante. Elle n'est pas une exception génétique, elle n'a pas une mémoire photographique. Elle a commencé son voyage à 60 ans. Voici ce que son parcours nous enseigne sur nos propres capacités.
Le mythe de la mémoire défaillante
Le premier obstacle qu'elle a dû affronter n'était pas la langue arabe, ni la longueur des sourates, mais ses propres croyances limitantes. On nous répète souvent que l'enfance est l'âge d'or de l'apprentissage et que le cerveau adulte décline inévitablement.
Pourtant, son expérience rejoint ce que la science observe concernant le cerveau adulte et la mémorisation : la neuroplasticité existe à tout âge. Le cerveau est comme un muscle ; il ne s'use que si l'on ne s'en sert pas. En reprenant l'exercice quotidiennement, elle a littéralement réveillé des connexions neuronales endormies.
La constance plutôt que la vitesse
À 60 ans, on ne mémorise pas comme à 10 ans. H. a vite compris qu'elle ne pouvait pas ingurgiter des pages entières en une heure. Elle a accepté son rythme. Au début, elle mémorisait deux lignes par jour. Cela semblait dérisoire. Mais au bout d'un an, ces deux lignes étaient devenues des Juz entiers.
Son secret résidait dans l'organisation. Elle ne laissait rien au hasard. Il est d'ailleurs souvent nécessaire, pour tenir sur la durée, de s'appuyer sur un modèle de planning de mémorisation clair, qui permet de visualiser ses progrès sans se laisser submerger par l'ampleur de la tâche.
Comprendre pour ne pas oublier
L'un des points clés de son témoignage concerne la barrière de la langue. Ne maîtrisant pas l'arabe littéraire à la perfection, elle a réalisé que répéter des sons sans sens était la méthode la plus difficile et la plus ingrate pour un adulte.
Le cerveau adulte a besoin de logique et d'émotion pour retenir l'information. Elle a donc pris le temps de lire le Tafsir (l'explication) de chaque verset avant de l'apprendre. Elle a confirmé par l'expérience l'importance capitale de comprendre le sens pour mieux ancrer le Coran dans sa mémoire à long terme. Quand le cœur est touché par le sens, l'esprit retient les mots beaucoup plus aisément.
Surmonter les aléas de la vie
Bien sûr, tout n'a pas été rose. À 60 ans, on a des responsabilités familiales, des petits-enfants, parfois des soucis de santé. Il y a eu des périodes de creux, des moments où les obligations de la vie d'ici-bas semblaient menacer sa constance dans le Hifz. Mais elle n'a jamais tout lâché. Même dans les pires moments, elle lisait au moins un verset.
Il faut être honnête : se lancer dans la mémorisation du Coran à l'âge adulte est un défi plus complexe que pour un enfant libre de toute charge mentale. Mais la récompense n'en est que plus grande, car l'effort est plus intense.
Un message pour vous
Aujourd'hui, cette sœur a terminé sa mémorisation. Ce n'est pas un exploit de performance, c'est un exploit de patience. Son témoignage est un miroir pour nous tous : votre âge n'est pas une excuse. Votre niveau d'arabe n'est pas une barrière infranchissable. Ce qui compte, c'est la sincérité de votre intention et la régularité de vos petits pas vers Allah.