C'est sans doute la première question qui te vient à l'esprit au moment de te lancer, et c'est celle qui cause le plus d'hésitation. Tu as cette envie profonde de te reconnecter à ta foi, de comprendre enfin ce que l'imam récite, ou simplement de lire le Livre d'Allah sans bégayer. Mais tu te heurtes à un mur invisible : la réalité linguistique du monde arabe.
D'un côté, tu entends peut-être tes parents ou tes amis parler une langue vivante, rapide, colorée (le dialecte). De l'autre, tu ouvres le Coran et tu découvres une langue majestueuse, structurée, mais qui semble parfois si lointaine de la rue (l'arabe littéraire).
Alors, par où commencer ? Est-ce qu'apprendre le dialecte va t'aider à comprendre le Coran ? Ou est-ce une perte de temps pour ton objectif spirituel ? Clarifions cela ensemble, simplement.
Comprendre la distinction : Fosha vs Ammiya
Pour faire le bon choix, il faut comprendre ce que sont ces deux variantes. C'est souvent là que réside la confusion pour le francophone.
- L'arabe littéraire (Al-Fosha) : C'est l'arabe classique, la langue du Coran, de la littérature, des informations télévisées et des discours officiels. C'est une langue unifiée qui ne change pas, peu importe le pays. C'est la clé universelle.
- L'arabe dialectal (Al-Ammiya ou Darija) : C'est la langue de la rue, de la famille, du quotidien. Elle varie énormément d'un pays à l'autre. Le marocain n'est pas l'égyptien, qui n'est pas le syrien.
Si tu as des origines maghrébines, tu te demandes peut-être s'il ne faut pas commencer par tes racines culturelles. Il est important de bien saisir les différences entre l'arabe marocain (Darija) et le littéraire pour ne pas te tromper de combat dès le départ. La grammaire, le vocabulaire et même la prononciation diffèrent considérablement.
Quel est ton objectif profond ?
C'est ici que tout se joue. Pose-toi cette question honnêtement : Pourquoi veux-tu apprendre ?
Si ton objectif est de voyager au Caire, de regarder des séries télévisées ou de commander un repas au restaurant, alors oui, le dialecte est pertinent. Dans ce cas, tu pourrais te tourner vers l'arabe égyptien, qui est le dialecte le plus parlé et compris dans le monde arabe grâce au cinéma.
Mais si tu lis ces lignes, c'est probablement parce que ton cœur cherche autre chose. Tu cherches la spiritualité. Tu cherches à comprendre le message de ton Créateur. Si ton but est le Coran, la réponse est sans appel : tu dois apprendre l'arabe littéraire.
Le dialecte ne te permettra pas de comprendre le Coran. Pire, il pourrait te donner de mauvaises habitudes de prononciation (Tajweed) car les dialectes ont tendance à « manger » les voyelles et à transformer certaines lettres.
Le mythe de la difficulté du littéraire
Beaucoup de musulmans francophones retardent leur apprentissage car ils pensent que l'arabe littéraire est une montagne infranchissable, réservée aux savants. C'est une erreur de perception.
En réalité, l'arabe littéraire est extrêmement logique. C'est une langue mathématique, basée sur un système de racines trilitères très clair. Contrairement aux dialectes qui sont pleins d'exceptions et d'emprunts étrangers, le littéraire suit des règles précises. Il faut absolument démystifier cette peur : l'arabe n'est pas la langue la plus difficile si on l'aborde avec la bonne méthodologie.
La stratégie gagnante : Le littéraire comme fondation
Voici pourquoi je te conseille vivement de commencer par l'arabe littéraire (Fosha) :
- L'accès direct à la Révélation : Dès les premières semaines, tu reconnaîtras des mots dans tes prières. Ta concentration (Khushu) augmentera immédiatement.
- L'universalité : Avec le littéraire, tu peux communiquer (de façon formelle) avec n'importe quel arabophone, du Maroc à l'Irak. L'inverse n'est pas vrai.
- La facilité de bascule : Il est beaucoup plus facile pour quelqu'un qui maîtrise le littéraire d'apprendre ensuite un dialecte, car le littéraire est la « langue mère ». À l'inverse, quelqu'un qui ne parle que dialecte devra tout réapprendre (grammaire, conjugaison) pour accéder au littéraire.
Il ne s'agit pas de renier le dialecte, qui est une richesse culturelle, mais de prioriser ce qui nourrit ton âme. Pour cela, il existe aujourd'hui des cursus adaptés. Il est crucial de choisir une méthode conçue pour apprendre l'arabe coranique spécifiquement, qui mettra l'accent sur le vocabulaire du Livre saint plutôt que sur le vocabulaire journalistique ou touristique.
Conclusion : Fais le choix de l'excellence spirituelle
Ne te laisse pas intimider par les « on-dit ». Apprendre l'arabe littéraire est le plus beau cadeau que tu puisses te faire. C'est un investissement pour ton au-delà, mais aussi pour ton apaisement ici-bas. Si tu es prêt à structurer ton apprentissage, je t'invite à explorer les différentes méthodes d'apprentissage de l'arabe et du Coran qui s'offrent à toi. Commence par la langue qui te lie à Allah, le reste suivra naturellement.